Israël a aimé ses ennemis (2023)

Bienveillance et reconnaissance dans l’Ancien Testament

L’étude ci-dessus donne l’occasion de « voyager » avec l’Israël ancien autour de Canaan à la rencontre des peuples qui l’ont combattu âprement, et l’ont côtoyé sous différents statuts dans le courant du premier millénaire av. J.-C. Les rencontres avec les Égyptiens, Philistins, Araméens, Ammonites, Moabites, Édomites, Cananéens, et les empires assyrien, babylonien et perse ont été l’occasion de profonds bouleversements. À chaque étape, le cheminement montre comment l’on bascule d’inimitiés sanglantes, d’hostilités fortes à une relation apaisée, faite de reconnaissance et d’amitié avec ces populations étrangères.

L’Ancien Testament est dès lors une littérature où se déploie une cohabitation et une xénophilie inattendues à l’endroit des différents peuples voisins d’Israël et de Juda qui ont été des ennemis redoutables, des dominateurs intraitables. Loin d’être seulement une littérature centrée sur la relation privilégiée d’Israël à Yhwh/Dieu, l’Ancien Testament assure ses lectrices et ses lecteurs de la gratitude d’Israël et de sa dette à l’endroit des peuples voisins avec lesquels il a partagé sa tumultueuse histoire. En effet, si Israël déploie une relation positive aux autres, c’est parce qu’il a vécu une acceptation de sa particularité dans les diverses situations en tant que communauté dispersée et plurielle de la Mésopotamie à l’Égypte durant la période perse (Ve – IVe siècle). La représentation d’Israël s’en trouve ainsi reconfigurée, bousculant l’image ségrégationniste d’un Israël séparé et opposé aux autres, pour déployer celle d’un Israël « aimant ses ennemis », coopératif et reconnaissant à l’endroit des autres nations. Cette pensée en mouvement de la Bible hébraïque souligne la manière nouvelle d’être au monde d’Israël, partageant et accueillant désormais la possibilité de relations légitimes et différenciées de Yhwh/Dieu à d’autres peuples.  

Dany Nocquet

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Dany Nocquet Professeur émérite de l’Institut protestant de théologie où il a enseigné l’Ancien Testament de 2006 à 2022. Il est membre du Centre de recherches interdisciplinaires en sciences humaines et sociales (Université Paul Valéry, Montpellier), et d’une unité de recherche au sein de l’European Association of Biblical Studies.